Taghazout, ce village de pêcheurs devenu spot de surf a gardé ses barques bleues et son air bohème.
Mais qui n’y vient ni pour la planche ni pour le yoga en fait vite le tour : quelques ruelles, des cafés face à l’océan, des enseignes de surf à chaque recoin, et pas grand-chose d’autre à se mettre sous les yeux.
La vraie question n’est donc pas de savoir quoi faire dans le village, mais s’il est fait pour vous, et ce qu’il y a autour pour sauver le séjour.
Voici un avis pensé pour celles et ceux qui cherchent le charme et le beau plus que les vagues...
D’un village de pêcheurs à un spot de surf international
On reconnaît souvent Taghazout à une seule image : ses barques de pêche bleues alignées sur le sable, coques serrées les unes contre les autres, numéros peints à la main sur le bois.
C’est la signature visuelle du village, celle qu’on retrouve sur toutes les cartes postales, et elle n’a rien d’un décor.
Les pêcheurs sortent encore, et le soir venu les barques remontent en haut de plage, au pied des maisons blanches et bleues qui dévalent vers l’océan, à une vingtaine de kilomètres au nord d’Agadir.

À la tombée de la nuit, les barques regagnent le haut de plage, au pied des maisons du village

Depuis les rochers, la plage s’endort pendant que les lumières du village s’allument au loin
Avant les surfeurs, il y avait donc les pêcheurs, leurs filets et leurs poissons frais.
Puis la houle a tout changé. Les vagues régulières de l’Atlantique ont fait de la baie l’un des spots les plus courus du pays, et le village a suivi le mouvement : locations de planches, cafés, concept stores et complexes hôteliers se sont multipliés ces dernières années.
Le charme d’origine n’a pas disparu, il s’est simplement rangé derrière une économie entièrement tournée vers la glisse.
C’est ce mélange, séduisant sur le papier, qu’il faut regarder de plus près avant de réserver.
Le village aujourd’hui : bohème, oui, mais colonisé par le surf
Sur place, l’illusion se dissipe en une heure. On arrive avec l’idée de se perdre dans un dédale de ruelles, et l’on comprend vite qu’il n’y a rien de tel : on sort pour manger, pour boire un jus, ou pour acheter du matériel, et l’exploration s’arrête là.
Les façades le disent mieux qu’un long discours, à l’image du Rock Surf Shop qui empile sur trois étroits étages location, cours, douche et « Taghazout souvenirs ».


Les barques bleues alignées sur le sable, l’image à laquelle on reconnaît Taghazout au premier coup d’œil / Rock Surf Shop : l’une des innombrables enseignes de location, de cours et de souvenirs qui rythment les ruelles
Le motif se répète à chaque angle. Au Hash Point Surf Shop, une seule devanture propose cours, guidage, excursions, hébergement et yoga, résumé parfait d’un village où toute l’offre tient dans le même mot. Un peu plus loin, l’enseigne Surf Berbère aligne ses planches jusque sur le trottoir, un chien assoupi pour seul gardien. Entre deux boutiques, les parasols rouges d’une marque de bière voisinent avec les stands de crêpes, et une fresque peinte déroule la carte des spots, de Boilers à Killer Point : même les murs parlent surf.


Cours, guidage, excursions, hébergement, yoga : une seule devanture concentre toute l’offre du village / Surf Berbère, encore une boutique de planches : le commerce du village tourne presque entièrement autour de la glisse
Reste le village ordinaire, celui qui n’a rien à vendre au visiteur.
Sur la place, une alimentation générale et un minaret bleu et blanc rappellent qu’on est dans un bourg marocain comme un autre. La nuit, les rues gardent cette allure simple, entre une fresque murale, l’épicerie du coin et la devanture éclairée du Taghazout Market. C’est agréable, mais loin de la micro-médina pleine d’âme vantée ailleurs.
Le vrai manque, pour qui aime flâner et rapporter un objet, c’est l’absence de vrais commerces au-delà du surf.
En dehors de quelques étals de tapis et de textiles berbères le long de la route, on ne trouve ni créateurs, ni souk, ni médina où traîner : les ruelles alignent surtout des t-shirts imprimés, des combinaisons et des babioles floquées.
Le shopping se limite à cela, et il faut le savoir avant de venir avec l’idée d’y dénicher de l’artisanat.

Côté route, quelques étals de tapis et de textiles berbères, la seule entorse à l’omniprésence du surf
C’est pourtant à la tombée du jour que Taghazout trouve son vrai rythme. La rue qui longe la côte, bordée de restaurants et de terrasses, s’anime à mesure que la lumière baisse. Sur le sable, les jeunes du village lancent leur partie de foot du soir, pieds nus, le ballon filant devant l’océan, tandis que les barques remontées prennent des airs de nature morte. La promenade côtière, de Hash Point aux dernières terrasses, se parcourt alors tranquillement entre flâneurs, chiens assoupis et vitrines encore allumées.

Le rituel du soir : les jeunes du village tapent dans le ballon sur la plage au soleil couchant


La promenade qui longe la côte, de Hash Point aux terrasses, se parcourt au rythme des flâneurs du soir
Quand la nuit tombe, les guirlandes s’allument et les terrasses face à la mer se remplissent, à l’image du Dfrost Almugar Restaurant & Bar : l’adresse bohème chic de Taghazout ou du Windy Bay et de ses tablées serrées sous les paillotes.
C’est là, entre le clapotis et les lumières, que le village devient enfin le lieu bohème et convivial qu’on lui promettait. Le paradoxe tient en une phrase : Taghazout déçoit qui le traverse en plein après-midi, et séduit qui reste pour le coucher de soleil et la soirée.


Le soir venu, les terrasses face à l’océan comme le Windy Bay se remplissent, guirlandes allumées / Dîner les pieds presque dans l’eau, sous les paillotes et les guirlandes : l’ambiance du soir fait beaucoup pour Taghazout

Depuis les rochers, la plage s’endort pendant que les lumières du village s’allument au loin
Taghazout vaut-il le coup ? Pour qui le village est vraiment fait
La réponse tient en une phrase : oui si vous venez surfer ou faire du yoga, beaucoup moins si vous cherchez le charme, le beau et le shopping.
Si le village est à échelle humaine, tout se fait à pied, garde un caractère bohème et un cadre océanique réel, surtout au coucher du soleil, en revanche il n’a rien de confidentiel, il est devenu très fréquenté, et son atmosphère penche vers le surf décontracté bien plus que vers le quiet chic.
D’autres articles vantent une micro-médina pleine d’âme, des djellabas qui croisent les combinaisons et des restos ethno-chic à foison. La réalité est plus sobre : l’ambiance existe, mais elle est mince et très orientée. Pour trancher vite, voici à qui le village s’adresse vraiment.
| Profil | Taghazout est-il fait pour vous ? |
|---|---|
| Surfeur, débutant ou confirmé | Oui, c’est la destination idéale |
| Adepte de yoga et de retraites | Oui, l’offre est dense |
| Voyageuse bohème-chic, amatrice de beau et de charme | Mitigé, le village déçoit, misez sur les alentours et les soirées |
| Amateur de shopping et d’artisanat | Non, rien sur place à part quelques tapis |
| Voyageur qui rayonne en voiture dans la région | Oui, comme camp de base |

Ce qui sauve le séjour : les alentours
C’est là que Taghazout retrouve tout son intérêt. Le village ne se suffit pas à lui-même, mais il tient lieu de point de départ idéal pour explorer une côte et un arrière-pays qui, eux, valent le détour. Avec une voiture, tout se fait à la demi-journée.
À l’intérieur des terres, la Vallée du Paradis déroule ses palmiers et ses vasques d’eau turquoise, la plus belle échappée de la région à condition d’y aller tôt : à lire avant de partir, Vallée du Paradis, Agadir : la réalité derrière la carte postale.
Sur la route d’Agadir, les coopératives féminines d’huile d’argan montrent la fabrication et permettent d’acheter en direct, l’une des rares occasions de ramener autre chose qu’un t-shirt. Sans oublier le musée Targant, le musée de l’arganier, le premier musée mondial dédié à l’arganier. Il propose un parcours interactif, un atelier d’extraction traditionnelle, une boutique de produits du terroir et un restaurant gastronomique. Il est ouvert du mardi au dimanche de 10h00 à 22h00.
Plus au nord, les dunes de Timlalin ajoutent canyon, dromadaires et village de pêcheurs à la carte.
Même sans planche, les spots mythiques comme Anchor Point et Killer Point valent la marche pour la lumière et le ballet des surfeurs. Côté villages, Tamraght, Devil’s Rock et Aourir, surnommé le village de la banane, se rejoignent par la promenade de Taghazout Bay en longeant la mer.
Plus au nord, Imsouane et son port de pêche offrent une parenthèse plus authentique que Taghazout même.
Enfin, pour l’artisanat qui manque cruellement au village, un saut à Agadir s’impose, comme le raconte notre article sur Artisanat à Agadir : pourquoi il faut faire un tour à la Kasbah Souss.
| Autour de Taghazout | Pourquoi y aller |
|---|---|
| Vallée du Paradis | Baignade nature dans les vasques, tôt le matin |
| Coopérative d’argan | Voir la fabrication, acheter en direct |
| Musée de l’argan Targant | 1er musée de l’arganier au monde, visite guidée, dégustation et boutique, à Taghazout Bay |
| Dunes de Timlalin | Canyon, dromadaires, village de pêcheurs |
| Aghroude | Village de pêcheurs aux maisons colorées et grande plage tranquille, au nord de Taghazout |
| Anchor Point / Killer Point | Spots mythiques et couchers de soleil |
| Tamraght, Devil’s Rock, Aourir | Villages voisins par la promenade côtière |
| Imsouane | Port de pêche, longue vague, ambiance calme |
| Tamri | Le village de la banane : bananeraies, souk et banane locale à goûter |
| Agadir, Kasbah Souss | L’artisanat absent de Taghazout |




Balade à dos de dromadaire au pas, entre dunes et prairies fleuries / Quad dans les dunes de Timlalin / Vallée du Paradis
Quand venir et combien de temps rester
Le bon moment dépend de ce que vous cherchez.
Pour le surf, la saison va de septembre à avril, avec des houles puissantes et régulières dont l’apogée se situe en plein hiver, de décembre à février.
Les débutants préféreront l’automne ou le début du printemps, quand les vagues restent plus douces et l’eau agréable.
Pour le farniente au soleil, loin de la foule hivernale, la période de mai à août est la plus sûre.
Côté durée, soyons honnêtes : le village lui-même se boucle en une demi-journée. Trois jours suffisent largement si l’on reste sur place, et c’est justement en rayonnant dans les environs qu’on justifie d’y poser ses valises plus longtemps. Avec une voiture, Taghazout devient un camp de base pratique pour toute la côte, d’Agadir jusqu’à Imsouane.

Pour qui vient chercher le charme, le beau et une vraie identité de village, vous resterez sur votre faim. Sans planche ni tapis de yoga, on en fait le tour en une heure et l’on cherche vite quoi faire d’autre. Mais réduire le lieu à ça serait injuste : ses barques bleues, ses soirées animées face à l’océan et sa position idéale vaut le détour dès qu’on l’utilise comme point de départ pour la Vallée du Paradis, Imsouane, les villages voisins et l’artisanat d’Agadir.
À aborder pour ce qu’il est, un camp de base bohème pour surfeurs et explorateurs, pas pour la carte postale qu’on vous a vendue...
○ Informations ○
Accès : à une vingtaine de kilomètres au nord d’Agadir. Voiture idéale pour rayonner.
Où dormir : Sea & Sunset, boutique hôtel confidentiel
Où manger : Dfrost café, Café Mouja, Windy Bay.
Pour un dîner avec de l’alcool, cap sur Dar Joséphine, World of Waves ou les hôtels haut de gamme.
Alcool : aucune boutique ne vend d’alcool à Taghazout même. Pour en boire, il faut l’acheter ailleurs (au Nicolas d’Agadir par exemple), séjourner dans un hôtel de haut standing ou de chaîne, ou réserver dans l’un des rares restaurants du village disposant d’une licence.
Bon à savoir : mieux vaut toujours réserver, surtout en haute saison de surf.


Le restaurant Dfrost à droite
FAQ – Taghazout
Taghazout vaut-il le coup si on ne surfe pas ?
Le village seul, peu. Il se visite en une heure et manque de commerces et de charme au-delà du surf. Ce sont les alentours et les soirées qui rendent le séjour intéressant.
Que faire à Taghazout à part le surf ?
Flâner sur la promenade au coucher du soleil, dîner en terrasse face à la mer, tester le yoga, puis surtout explorer la Vallée du Paradis, les dunes de Timlalin, Imsouane, Tamraght et Agadir.
Combien de jours rester à Taghazout ?
Trois jours suffisent pour le village. Comptez plus si vous rayonnez dans la région en voiture.
Taghazout, Tamraght ou Imsouane ?
Taghazout pour l’animation et les surf camps, Tamraght pour un rythme plus calme à deux pas, Imsouane pour l’ambiance port de pêche et la longue vague.
Y a-t-il de l’artisanat ou du shopping à Taghazout ?
Très peu : quelques étals de tapis le long de la route, sinon des boutiques de surf. Pour l’artisanat, il faut pousser jusqu’à Agadir et sa Kasbah Souss.
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