Il y a Essaouira côté carte postale, celle des remparts battus par les alizés et des mouettes qui vous piquent presque votre cornet. Et puis il y a l’autre Essaouira, celle qui se mérite un peu, à loin de la médina et de sa cohue. C’est là, dans le quartier Argana, que se cache notre coup de cœur : le Complexe Intégré de l’Artisanat d’Essaouira. Un grand vaisseau blanc et bleu où l’on vient chiner, apprendre, siroter un thé, et repartir avec bien plus qu’un souvenir.
Alors, pourquoi faut-il absolument y faire un tour ? On vous donne toutes nos raisons.
Un temple de l’artisanat marocain à Essaouira
Inauguré par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Complexe Intégré de l’Artisanat (que les habitués appellent simplement le CIA) n’a rien d’un souk improvisé. Sur près de 3 400 m² répartis sur deux niveaux, il réunit sous un même toit des dizaines de coopératives et une bonne dizaine de métiers d’art. On y trouve des ateliers de production et de vente, des salles d’exposition et même un centre de formation où de jeunes artisans, souvent des femmes, apprennent des gestes séculaires.

Portes bleues et panneau Café du Complexe Intégré de l’Artisanat d’Essaouira
Autrement dit : ici, on ne se contente pas de vendre.
On fabrique, on transmet, on raconte. Et ça change tout.
Une architecture qui vaut déjà le détour
Avant même de sortir la carte bleue, on prend une claque esthétique. Zelliges bleus et blancs en chevrons hypnotiques, arcs en pierre dorée, patio à ciel ouvert avec ses oliviers, lanternes suspendues et menuiseries peintes du fameux bleu de Mogador. La lumière y est douce, l’espace calme et lumineux, très loin de l’agitation du port ou des ruelles bondées.
On vous prévient : vous allez mitrailler l’escalier. C’est plus fort que vous.


Escalier en zellige bleu et blanc du complexe artisanal d’Essaouira

Patio intérieur avec arches et oliviers du Complexe Intégré de l’Artisanat d’Essaouira
Que trouve-t-on au Complexe de l’Artisanat ?
Le grand atout du lieu, c’est sa diversité. Chaque coopérative a sa spécialité, et l’on passe de l’une à l’autre comme on feuilletterait un catalogue vivant du savoir-faire souiri :
- Le bois de thuya, la signature d’Essaouira, décliné en boîtes marquetées, plateaux et objets déco.
- Les bijoux en argent, entre tradition et pièces plus contemporaines.
- La maroquinerie et les babouches, souples et joliment finies.
- La vannerie en raphia : paniers, cabas frangés, corbeilles et petits accessoires qui sentent bon l’été.
- Les tapis et le tissage, la broderie, les tissus.
- L’huile d’argan, pressée par les coopératives féminines, et ses dérivés cosmétiques et culinaires.
- Les bougies, les parfums d’intérieur et autres trésors olfactifs salués par les visiteurs.

Paniers en raphia, babouches et objets artisanaux exposés au complexe d’Essaouira (Coopérative de raphia Yakouta Style au complexe d’Essaouira)
Le raphia, le paradis des amateurs de déco (et de mode)
Petit aveu : si vous aimez les objets déco et la mode en raphia, préparez-vous à y laisser toute la place de votre valise. Sacs, chaussures, boîtes, porte-mouchoirs… la fibre se décline à l’infini, avec ce fini naturel et solaire qui habille aussi bien un intérieur qu’une tenue d’été. On y trouve aussi des tapis, des bijoux et quelques vêtements, mais c’est vraiment pour les objets déco que l’on vous recommande chaudement l’adresse.
Coup de cœur absolu : ce sac brodé « In Essaouira this is our Hermès », une pièce originale et impossible à trouver ailleurs, qui résume à elle seule l’esprit malicieux du lieu.
Et puis il y a ces jolies chaussures en raphia élégantes que l’on adopte dès le premier pas.


Sac en raphia brodé « In Essaouira this is our Hermès » au Complexe de l’Artisanat d’Essaouira :/ Chaussures en raphia et tapis décoratif exposés au complexe artisanal d’Essaouira
On croise même une salle dédiée aux instruments de musique gnaoua, guembris et percussions alignés comme dans un petit musée. De quoi rappeler qu’à Essaouira, l’artisanat et la musique vibrent sur la même fréquence.

Instruments de musique gnaoua traditionnels exposés à Essaouira
Des prix justes, et une conscience tranquille
Soyons honnêtes : marchander dans la médina, c’est un sport, et on n’en sort pas toujours gagnant. Ici, le rapport se détend. On lit parfois que les prix seraient « fixes » et contrôlés par l’État, ou qu’en coopérative on ne négocie jamais : ce n’est pas tout à fait exact. Disons plutôt qu’il y a nettement moins d’abus qu’au souk, que les tarifs reflètent le temps réel passé sur chaque pièce, et qu’une discussion courtoise reste possible. On achète surtout en sachant que l’argent revient directement aux artisans et aux coopératives, dont beaucoup accompagnent des femmes en formation ou en micro-entreprise.
Dit autrement : vous repartez avec un cadeau qui a une histoire, et pas juste une étiquette. Pour offrir ou se faire plaisir, difficile de faire mieux.
Ateliers : mettez la main à la pâte (et à l’argile)
C’est peut-être le meilleur du CIA : on peut y apprendre, pas seulement acheter. Selon les coopératives présentes, on peut s’initier au tissage d’un petit tapis, à la fabrication d’une bague en filigrane d’argent, ou encore vivre une séance de henné. Les visiteurs racontent des moments chaleureux, ponctués de pâtisseries marocaines et de la gentillesse des artisans qui prennent le temps d’expliquer chaque geste.
C’est le genre d’expérience qui transforme une simple emplette en souvenir de voyage. Et franchement, repartir avec un objet fabriqué de ses propres mains, ça n’a pas de prix (enfin, presque).
Une pause thé bien méritée
Qui dit après-midi shopping dit pause. Le complexe abrite une buvette / un café où l’on s’attable pour un thé à la menthe et quelques spécialités locales, à l’ombre du patio. Un vrai bol d’air après le tumulte de la médina, et l’occasion de flâner tranquillement autour du bâtiment avant de reprendre la route.


Notre petit butin
Parce qu’un conseil est toujours plus convaincant quand il est vécu, voici ce qu’on a glissé dans la valise : un porte-clés à 30 dirhams, un bracelet en cuir à 30 dirhams lui aussi, et surtout un petit tapis fait main par une coopérative de femmes — 47 × 57 cm, pour 400 dirhams, soit environ 37 €.
Petite anecdote au passage : ce tapis, on l’a déniché dans la salle d’exposition fermée à clé du complexe. On y présente une sélection pointue d’œuvres d’artisanat pour montrer au public tout ce que les artisans savent faire. Le gardien, absolument adorable, a bien voulu nous l’ouvrir pour y jeter un œil, et là, coup de foudre pour un tapis. Après avoir fait le tour du complexe, on a demandé à y retourner : le gardien est reparti chercher les clés, toujours avec le sourire.
On a fini par oser la question fatidique : « il est à vendre ? » et il a passé plusieurs coups de fil… et on est reparties avec, pour 400 MAD au lieu des 750 annoncés. Comme quoi, une discussion fait parfois des miracles.
Et comme on aime bien décortiquer les bonnes affaires, voici pourquoi celle-ci en est une :
- Fait main = des heures (voire des jours) de travail. Un petit tapis comme celui-ci peut demander plusieurs jours de tissage. Derrière chaque nœud, il y a une paire de mains et beaucoup de patience.
- Coopérative de femmes = des prix plus honnêtes. On négocie moins qu’au souk, certes (et parfois un peu quand même, cf. notre tapis), mais c’est nettement plus juste pour les artisanes, et l’argent leur revient plus directement.
- 47 × 57 cm, c’est un petit format (type descente de lit ou déco murale), mais le travail artisanal, lui, reste tout aussi exigeant.
Nos repères de prix :
- Dans les boutiques « déco berbère » en France ou en ligne, comptez facilement 80 à 150 € pour cette taille.
- En coopérative, 400 MAD est un prix courant et équitable, l’argent va plus directement aux artisanes.
Le bilan ? Non seulement on ne s’est pas fait avoir, mais en plus on a soutenu un commerce éthique.
Notre verdict
De l’authentique, du beau, de l’humain, et cette délicieuse sensation de consommer utile. On y vient pour un souvenir, on en repart avec des rencontres, quelques photos d’escalier trop stylé et l’envie d’y retourner. Bref, un incontournable.
Infos pratiques
- Adresse : Lotissement Argana, à proximité de l’hôtel Riad Mogador, au sud d’Essaouira (Région Marrakech-Safi).
- Horaires : ouvert tous les jours, de 9h30 à 19h30.
- Tarifs : entrée libre. Achats et ateliers selon les coopératives (tarifs des ateliers à confirmer sur place).
- Téléphone : +212 6 57 20 64 99
- E-mail : [email protected]
- Réseaux : Instagram @cia.essaouira · Facebook
- Bon à savoir : prévoyez du temps pour flâner d’une coopérative à l’autre. Pour les ateliers, mieux vaut se renseigner à l’avance sur les disponibilités du jour.
FAQ sur le Complexe Intégré de l’Artisanat
Pourquoi visiter le Complexe Intégré de l’Artisanat d’Essaouira ?
Parce qu’on y découvre tout l’artisanat souiri au même endroit, dans un cadre magnifique et loin de la cohue de la médina : des dizaines de coopératives, des ateliers pour mettre la main à la pâte, des prix plus justes qu’au souk et un café pour souffler. Bref, l’adresse idéale pour rapporter un souvenir qui a du sens.
Où se trouve le Complexe Intégré de l’Artisanat d’Essaouira ?
Il se situe dans le lotissement Argana, au sud de la ville, tout près de l’hôtel Riad Mogador. On y accède facilement en taxi depuis la médina en quelques minutes.
Quels sont les horaires d’ouverture ?
Le complexe est ouvert tous les jours, de 9h30 à 19h30. Un doute sur une fermeture ponctuelle ? Un coup de fil ou un message sur Instagram suffit à vérifier.
Que peut-on y acheter ?
Du bois de thuya, des bijoux en argent (filigrane, « deg souiri »), de la maroquinerie et des babouches, de la vannerie en raphia, des tapis, de la broderie, de l’huile d’argan, des bougies et des parfums d’intérieur.
Peut-on y faire des ateliers ?
Oui. Selon les coopératives présentes, on peut s’initier au tissage, à la bijouterie en filigrane ou au henné, souvent dans une ambiance très conviviale. Renseignez-vous sur place pour connaître les ateliers du jour.
Les prix sont-ils plus intéressants que dans la médina ?
Ils sont surtout plus transparents. Pas de marchandage stressant : les tarifs reflètent le travail réel des artisans et soutiennent directement les coopératives locales.
Est-ce une bonne adresse pour rapporter des cadeaux du Maroc ?
C’est l’une des meilleures. Chaque pièce est unique, de qualité, et vient avec une vraie histoire : l’idéal pour offrir ou se faire plaisir.