Essaouira, l’ancienne Mogador, n’est pas seulement la plus douce des cités atlantiques, avec ses remparts battus par les alizés et sa médina blanche et bleue classée à l’UNESCO. C’est aussi, et on ne le dit pas assez, l’un des meilleurs terrains de shopping du Maroc.
Bois de thuya, huile d’argan, bijoux et créateurs bohèmes…
Ici, pas de vendeurs à la pression asphyxiante comme dans certaines médinas plus touristiques : à Essaouira, on flâne, on discute, on sirote un thé, et on repart (presque) sans stress avec un tapis sous le bras.
Dans les ruelles de la médina, l’artisanat local le plus authentique côtoie les concept stores de créateurs et les galeries d’art. Bois de thuya sculpté, céramiques colorées, bijoux d’argent, huile d’argan, mode bohème : il y en a pour tous les goûts et tous les budgets. Reste à savoir où regarder et c’est tout l’objet de ce guide.
Est-ce que faire du shopping à Essaouira est intéressant ?
Franchement, oui. Les prix y sont plus doux qu’à Marrakech, l’ambiance nettement plus détendue, et la qualité de l’artisanat (bois de thuya en tête) figure parmi les meilleures du pays. Le seul vrai piège : la tentation de tout acheter.
Voici la carte de toutes les adresses listées dans ce guide :





1. VINS & ALCOOLS
Commençons par la question qui revient toujours : peut-on acheter de l’alcool à Essaouira ? Oui, mais pas partout, car nous sommes dans un pays musulman où la vente est encadrée.
- On trouve de l’alcool uniquement dans les restaurants disposant d’une licence, à la cave Nicolas et au Carrefour (hors médina, côté ville moderne).
- Bon à savoir : impossible d’acheter de l’alcool le vendredi, jour de la grande prière. Pensez donc à anticiper vos achats la veille.
Côté souvenir liquide, le Maroc produit de très jolis vins, et la région d’Essaouira possède son propre vignoble : le Domaine du Val d’Argan (route d’Ounara), qui décline des vins gris, rosés, rouges et blancs que l’on retrouve sur les bonnes tables du pays.
Une bouteille de vin gris marocain fait un cadeau aussi original qu’inattendu à rapporter dans la valise (dûment protégée !).
2. GASTRONOMIE : huile d’argan, amlou, miel, épices…
Essaouira est la capitale de l’arganier, cet arbre endémique dans lequel grimpent les fameuses chèvres. Autant dire que l’huile d’argan y est reine, et c’est LE souvenir gourmand et beauté à rapporter.
- L’huile d’argan alimentaire (au goût de noisette, parfaite sur une salade) et l’amlou, cette pâte à tartiner d’argan, d’amandes et de miel surnommée le « Nutella marocain ». Irrésistible.
- L’huile d’argan cosmétique, pour les cheveux et la peau, souvent joliment conditionnée.
- Le miel, les épices et les savons à l’argile (ghassoul), à glisser dans les valises.
Où acheter son huile d’argan à Essaouira :
| Adresse | Type | Le petit plus |
|---|---|---|
| Coopérative Féminine de Tamounte — 6 rue Souss | Coopérative de femmes | Rapport qualité-prix imbattable, accueil chaleureux, projet solidaire |
| Zidrop Argan Oil — av. Ghazouat Badr (hors médina, sortie Bab Doukala) | Argan & produits naturels | Accueil au thé + dégustation d’amlou, prix bien plus doux que dans la médina 5/5 |
| Coopérative Argan Haha | Coopérative féminine d’argan | Coopérative de femmes de la région Haha, superbement notée ( 4.9) : huile d’argan authentique, accueil chaleureux et projet solidaire |
| Bokado Shop — 28 rue Laalouj | Épices & herboristerie | Un vrai bazar de saveurs tenu de génération en génération : épices familiales (préparées par le père d’Otto à 30 min de la ville), herbes médicinales, thés, huiles essentielles, argan et encens. Otto, intarissable, partage l’histoire de chaque produit et propose même des ateliers autour des épices marocaines. On y trouve aussi des sacs et vestes en patchwork faits main 4.9 |
| Azurette — près du Riad Nakla | Produits fermiers | 3 sortes de miel et huiles de la ferme familiale, « le meilleur en ville » |
À éviter : la coopérative Afous Argan (route de Marrakech) cumule les avis négatifs récents (prix exorbitants, techniques de vente agressives). Mieux vaut privilégier les coopératives féminines de la médina.


3. ARTISANAT : bois de thuya, céramiques, tapis, bijoux…
C’est le cœur du shopping à Essaouira.
Le bois de thuya — LA spécialité de Mogador
Essaouira est mondialement réputée pour son travail du bois de thuya : boîtes marquetées, plateaux, jeux d’échecs, miroirs, petits meubles… Le savoir-faire local (placage, incrustation, marqueterie) est un art à part entière.
- Coopérative Mogador Dag Souiri — marqueterie et incrustation dans les règles de l’art, avec un arganier de 300 ans dans la cour. Les artisans partagent volontiers leurs gestes.
- Complexe Intégré de l’Artisanat — espace récent et lumineux qui regroupe coopératives et ateliers (bois, tissage, bijoux) : parfait pour acheter au calme, sans stress du marchandage. A lire ici : Artisanat à Essaouira : pourquoi il faut visiter le Complexe Intégré de l’Artisanat ?
- Coopérative Artisanale des Marqueteurs sur Bois de Thuya — atelier d’artisans d’art près de Bab Doukkala. On y observe les différentes étapes de la marqueterie dans un joli patio, et l’on repart avec de belles pièces à prix fixes affichés (donc sans marchandage). Un savoir-faire extraordinaire, transmis avec beaucoup d’humilité.
- Essaouira Art — atelier d’artisans d’art (marqueterie sur bois de thuya).






Céramiques & poteries
Bols, assiettes, tasses, verres beldi, bougeoirs de Tamegroute émaillés de vert… la céramique marocaine est colorée, graphique et facile à offrir.
- Le Carré Nomade — vaisselle, poteries, paniers, plaids, luminaires et déco à prix raisonnables.
- Atelier Terra Cotta — 72 rue Laalouj. Difficile de ne pas y trouver son bonheur tant le choix est vaste : tous les styles tendance en céramiques et poteries artisanales, mais aussi du verre soufflé et des bougies faites main. Chaque pièce est unique.
- Le Souk d’Essaouira — le marché principal de la médina, pour chiner : souvenirs, artisanat, céramiques, paniers, épices. Négociation incontournable. Ruelles agréables d’autres médinas (négociation de rigueur).







Tapis, kilims & tissages berbères
Impossible de repartir sans (au moins) rêver devant un tapis berbère. Kilims, boucherouites en chutes recyclées, tapis de laine noués main : chaque pièce est unique.
- Galerie Jama — tapis uniques, bijoux, poteries et vêtements traditionnels ; Mustapha partage sa passion de la culture marocaine.




Bijoux d’argent & bijoux berbères
L’argent ciselé, l’ambre, les colliers touaregs et les fibules berbères font des souvenirs précieux et légers à transporter.
| Adresse | Le petit plus |
|---|---|
| Centre de la Bijouterie Artisanale Maalem Ali 1908 | Atelier sur place pour les ajustements, travail traditionnel de qualité. 4.8 |
| Coopérative de bijoux Mogador Dag Souiri (entrée Bab Marrakech, 20 m à gauche) | Bijoux faits main, adresse un peu cachée mais qui vaut le détour |
| Silver Moon | Jolie boutique de bijoux artisanaux dans la médina. 5/5 |
| La Fibule Berbère | Antiquités et bijoux berbères traditionnels |
| Trésors d’Essaouira & d’Ailleurs (au sein de Dar Caravane) | Perles rapportées de voyages, pièces uniques d’un passionné |
| Aux Trésors du Désert & les échoppes de la place du Marché aux Grains | Tout un cluster de commerces de bijoux ethniques : un must-see à faire absolument rien que pour le cadre, où l’on déniche des trésors et où l’on peut se poser prendre un thé sur place |
À noter : Apothikaki Handmade (déjà citée en Artisanat) propose aussi de jolis bijoux faits main, pensez-y en flânant.



4. MODE
Essaouira cultive un style bohème-chic solaire, entre créateurs marocains et pièces éthiques. La ville s’affirme même comme une future capitale mode (une Essaouira Fashion Week est dans les tuyaux pour 2026).
Histoire de Filles — 1 rue Mohammed Ben Messaoud (aux portes de la médina, près de Bab Sbaa).
Mon concept-store chouchou, atypique et joyeux, qui mixe mode, artisanat et design dans un décor bohème délicieusement chiné (banquette rose vintage, coussins patchwork, lampes palmier en laiton). On y déniche des corners de créateurs marocains et une marque maison exclusive : t-shirts et sweats à slogan (les fameux « HABIBI », « Amour حب », « Born to Shine », « Oh My Gold ! »), robes fluides et jolies robes brodées, mais aussi une belle sélection d’accessoires — foulards imprimés, sacs en cuir (dont de superbes modèles suédés à franges) et ceintures, colliers de perles et bracelets joncs colorés, mugs émaillés, tote bags et cosmétiques naturels. Gros coup de cœur pour les affiches vintage facon rétro-voyage de Choof / Poster Maroc, imprimées sur papier recyclé (30 × 40 cm ≈ 150 DH, 50 × 70 cm ≈ 300 DH), et pour les beaux livres sur Essaouira : le souvenir déco parfait, à glisser bien à plat dans la valise. Vêtements femmes, hommes et enfants, bijoux, déco.
Ouvert 7j/7 : 10h-13h30 | 15h-19h30. Tél : +212 (0)7 07 02 55 41




Affiches rétro Essaouira, lampe palmier en laiton et t-shirts, Sweats « AMOUR », colliers de perles et bracelets joncs colorés chez Histoire de Filles, Essaouira
Bo Boutik Mogador — le repaire bohème-chic par excellence. Sous ses arches souïries et ses murs terracotta, on chine des créations marocaines et internationales, ainsi que des pièces exclusives signées Bouchra : vestes brodées main aux motifs berbères, robes fluides, sacs en cuir, chapeaux de paille… et surtout de superbes bijoux — joncs en résine (façon corne ou zébré, ~250-590 DH) et colliers de pierres fines (améthyste, tourmaline, perles). Esprit libre et solaire, matières naturelles, slow fashion assumée. Côté vestiaire, on craque aussi pour les manteaux et vestes en lin, les paniers tressés et les jolis sacs en cuir bordeaux à pompons. Autre bonne nouvelle : ici, les prix sont fixes et affichés (pas de marchandage), et la boutique se repère facilement à sa façade encadrée de grands aloès, au cœur de la médina. Cerise sur le gâteau : on y déniche aussi des pièces du couturier français H. Anto — membre du syndicat de la haute couture française, diplômé des Beaux-Arts de Paris et de Milan, ancien et unique élève d’André Courrèges — reconnaissables à leurs manteaux de laine brodés d’appliqués colorés et à leurs écharpes.






Veste bohème brodée main aux motifs berbères, Bracelets joncs en résine (façon corne et zébré) et colliers de pierres fines chez Bo Boutik Mogador / Créations du couturier H. Anto (haute couture française) en vente chez Bo Boutik Mogador : manteau de laine brodé d’appliqués colorés et écharpes
- Maridadi — 59 rue Koweit. La première boutique de mode africaine d’Essaouira : pièces colorées et originales.
- il Mogador — 8 bis rue Laalouj (ancienne médina). Pour des vêtements artisanaux à l’esprit plus ethnique, taillés dans un vestiaire estival et traditionnel.
- Hiya Art de Vivre — 55 av. de l’Istiqlal. L’upcycling stylé de Naima Zadi : mode éthique et créative à partir de matières récupérées.
- Gipsy Surf — 14 rue Tétouan. Accessoires surf & lifestyle (lunettes, t-shirts, combinaisons), ambiance cool et iodée.
- No Work Team — 2 rue de la Sqala. Sacs, casquettes et lunettes, esprit streetwear face aux remparts.
- Abdul Khai – Best Leather — 2 rue Qadisiya. LE bon plan maroquinerie : vestes, sacs et poufs en cuir de qualité à très bons prix. Le patron, chaleureux, fait de vraies affaires (et plus vous prenez de pièces, plus le prix baisse).
5. CONCEPT STORES & DÉCO
Pour ceux qui aiment chiner objets déco et jolies trouvailles sous un même toit.
L’Atelier Café Boutique — rue Mohamed Ben Masoud. Ouvert tous les jours, 10h-18h30. Mon autre gros coup de cœur, à voir absolument… même si l’on n’achète rien.
Le lieu, très spacieux, s’organise en salles ouvertes les unes sur les autres, avec le café trônant en plein centre : on flâne entre les colonnes de pierre et les cascades de luminaires tressés, au gré d’une théière émaillée, d’un panier à couvercle, d’une bougie « Ambré noir » en poterie de Mogador ou d’un coussin poisson léopard.
Concept store au style industriel-bohème (belle verrière) mêlant mode, déco et artisanat, avec pause thé/café, ateliers cuisine et une sélection pointue d’objets arty choisis avec goût. Un seul bémol, et de taille : les prix y sont un brin « parisiens » (comme chez Histoire de Filles), et l’adresse est surtout courue des touristes.












Difficile de ne pas craquer à l’Atelier café boutique tant le choix est divers et riche…
Koulchi Concept Store — 1 rue Jbala. Gros coup de cœur !
Développé sur plusieurs étages, c’est une vraie caverne d’Ali Baba : les niveaux regorgent de pièces et d’objets déco qu’on ne retrouve nulle part ailleurs (verres beldi, plaids, coussins brodés, luminaires, poteries d’artisans locaux…). Cerise sur le gâteau : une vue sur la médina depuis le dernier étage, où l’on peut s’offrir un verre (soft) et une pause. Concept éco-chic autour de la récup’.





Une autre adresse à ne pas louper…
Kactus Shop — 4 rue Lalouj. Une boutique déco haut de gamme et design, où l’artisanat marocain rencontre les lignes contemporaines. On y craque surtout pour de superbes coussins et poufs en bi-matière cuir et textile (coton), faits main par des artisans, mais aussi pour les céramiques raffinées, les miroirs, le mobilier en noyer et la maroquinerie. Que des pièces uniques — un vrai coup de cœur déco. Tél : +212 (0)6 61 49 28 89
Artiza Shop — 20 rue Laalouj (rue de l’institut français). Elle ne paie pas de mine de l’extérieur, mais on y déniche une déco colorée et tendance à prix honnête : le genre de petite adresse où l’on entre par curiosité et d’où l’on ressort avec une trouvaille.

Minimal — 30 rue de la Skala. Une sélection design, épurée et à prix fixes, dans l’esprit élégant et serein de Mogador : mobilier, tapis, ustensiles de cuisine et art de la table (dont de jolies pièces inspirées du poisson), le tout dans un savoir-faire 100 % marocain. Ambiance chic à l’européenne et accueil multilingue.
Le Comptoir Oriental by Madada — 3 rue Youssef El Fassi. Déco et mobilier oriental (tapis, bois, créations travaillées) dans une ancienne demeure souirie.
Galerie Elizir — avenue centrale Souk Jdid. La caverne d’Ali Baba version vintage : fauteuils boules en cuir, luminaires seventies, consoles en bois sculpté. Livraison possible en France.
Côté Bougie — mon gros coup de cœur déco. Des bougies parfumées coulées dans de superbes pots-objets que l’on garde bien après la dernière flamme : céramique émaillée (le vert profond est sublime), raffia tissé, grès rayé ou pointillé de terracotta… de vrais objets de décoration à part entière. Comptez de 300 à 600 DH la bougie selon le contenant (la version céramique rayée noir et blanc est à 600 DH TTC), présentées dans une jolie boutique aux étagères de bois clair, avec de élégants coffrets cadeaux à offrir.






La boutique « Côté bougie » à Essaouira
6. ART & GALERIES : tableaux et créations souiries
Essaouira est une véritable ville d’artistes. Peinture naïve, art brut, photographie : rapporter une toile signée d’un artiste souiri, c’est ramener un morceau de la ville.
- Centre d’Art Le Real Mogador — à 2 min du port, dans l’ancien consulat d’Italie. Galerie sur 3 niveaux, artistes souiris, accueil passionné de François. Incontournable. 4.9
- Galerie d’Art Damgaard — institution culturelle d’Essaouira, belle collection de peintures locales. 4.1
- Galerie la Kasbah — 4 rue Tétouan. Superbe riad au cœur de la médina, art, histoire et architecture (et un chat en guise de guide). 4.6
- Galerie l’Arbre Bleu — 233 rue Chbanate. Belles expositions d’artistes locaux, on peut y prendre un thé. 4.5
- Salam Atelier d’Art et d’Artisanat — linogravures d’Étienne et photos sur bois d’Isabelle, stages possibles. Une parenthèse zen. 5/5
- Galerie La Grotte — petit joyau caché, prix intéressants, propriétaire charmant. 5/5
- La Grotte des Arts — la galerie-atelier de Younes Hamri, jeune artiste souiri. On y trouve ses toiles colorées aux motifs berbères et arabes, des pigments naturels (dont le fameux bleu d’Essaouira) et la signification des symboles berbères. Younes, passionné et pédagogue, propose aussi des ateliers pour s’initier à sa peinture. On peut même lui commander une œuvre personnalisée.

Salam Atelier d’Art et d’Artisanat
Comment marchander à Essaouira ? (sans stress)
Le marchandage est normal et attendu dans les souks, mais toujours avec courtoisie et le sourire. C’est un jeu, presque un art : il existe toute une stratégie, un brin théâtrale, à adopter face à des marchands qui savent, avouons-le, admirablement jouer sur les sentiments. Quelques repères pour éviter de repartir avec l’impression de s’être fait avoir :
- Faites d’abord le tour de quelques boutiques pour repérer les prix avant d’acheter.
- Dans les coopératives et concept stores (Complexe de l’Artisanat, Histoire de Filles…), les prix sont fixes : zéro négociation, zéro stress.
Savoir négocier, c’est surtout connaître les prix avant d’acheter, histoire de ne pas avoir l’impression de se faire avoir. Car sur place, dès que vous demandez un prix, on vous croit intéressé… et on ne vous lâche plus.
Le piège classique : « Et vous, quel est votre prix ? », question délicieusement gênante quand on ne veut ni offenser avec une offre trop basse, ni s’engager sur un montant correct pour un objet dont, au fond, on n’a pas vraiment envie.
Ma toute première fois au souk restera mon meilleur prof…
Ce jour-là, je m’arrête devant un collier berbère de Zagora, et je commets l’erreur classique de la débutante : je demande simplement son prix. « Mille huit cents dirhams », me répond-on, un verre de thé à la menthe déjà glissé entre mes mains.
Grande naïveté : ici, poser la question, c’est déjà avoir un pied dans la danse et on ne me lâchera plus.
Le collier, à vrai dire, n’avait rien d’un trésor : des perles jaunes en résine (et non en ambre) enfilées sur un simple fil de plastique, réchauffées d’un joli tissage de laine rouge ; ses 300 grammes tenaient surtout au poids de la matière. Un bel accessoire ethnique, à la valeur plus décorative que précieuse sur un étal de Zagora, il vaut honnêtement entre 150 et 250 dirhams.
Moi, j’ai fini par en lâcher 400, après être tout de même passée de 1 800 à 400, soit près de 80 % de remise : de quoi mesurer à quel point le premier prix était gonflé !
Rien de dramatique : 37 € pour un souvenir de voyage, on a connu pire mais avec un soupçon d’aplomb, ou en faisant mine de tourner les talons (l’arme absolue), j’aurais sans doute pu redescendre à 250, voire 200.
La preuve par l’absurde, je l’ai eue un peu plus tard, sur la place du Marché au Grain. Là, quelques boutiques exposent des colliers berbères quinze fois plus grands que le mien, de véritables pièces décoratives que l’on accroche aux murs tant elles sont imposantes.
Devant l’une d’elles, un couple de Suisses s’entiche d’un magnifique modèle noir et blanc. Le marchand lance son prix : mille huit cents dirhams. Exactement le tarif qu’on m’avait annoncé pour mon minuscule collier !
De quoi prendre, d’un coup, toute la mesure de l’entourloupe.
Car pour ce collier géant, 1 800 dirhams n’avait rien d’aberrant… et pourtant, les Suisses négociaient ferme : je n’ai pas suivi tout l’échange, mais je les ai entendus proposer 600 dirhams. La morale ? Un même prix de départ peut aussi bien coiffer un objet dérisoire qu’une pièce d’exception d’où l’importance de savoir, un minimum, ce que l’on a sous les yeux.

Mon collier berbère de Zagora (à gauche), acheté 400 dirhams après négociation dans le souk d’Essaouira
La vraie leçon ? Être ferme dès le premier regard : si l’objet ne vous fait pas chavirer, ne demandez surtout pas son prix, car le contempler trop longtemps, c’est déjà entrer dans la négociation.
Si vous êtes du genre à ne jamais savoir dire non, déléguez la négociation à vos compagnons de route. Cela dit… un collier berbère de Zagora, on ne le déniche pas au rayon bijouterie du Monoprix et ça, avouons-le, ça n’a pas de prix.
En pratique, côté prix :
posez votre première offre bien en dessous du tarif annoncé : autour de la moitié quand la marge paraît raisonnable, et jusqu’à 10-15 % seulement lorsqu’il frôle l’absurde.
Mon collier en est la parfaite illustration : annoncé à 1 800 MAD puis emporté à 400, il en valait sans doute à peine 200, autant dire que j’aurais pu ouvrir bien plus bas, autour de 200-250 dirhams, plutôt que de me laisser happer.
Visez ensuite un accord quelque part au milieu, et n’oubliez pas le geste qui fait tout basculer : esquisser un pas vers la sortie. C’est bien souvent là, entre deux « attendez, madame ! », que tombe le vrai prix.
Mes achats, pour donner une idée des prix : deux sacs en cuir chinés dans le souk dont un en peau de chèvre à 650 MAD (~800 g) et un joli sac bleu Majorelle en peau de chameau à 600 dirhams (~300 g, porte-monnaie inclus), après négociation. Un peu cher avec le recul : je pense qu’il y avait moyen de les obtenir autour de 400 dirhams…
○ Informations ○
Où faire son shopping à Essaouira ?
Tout se concentre dans la médina, piétonne et facile à arpenter. L’artère principale, l’avenue Sidi Mohammed Ben Abdellah, aligne les boutiques de souvenirs ; explorez les petites ruelles adjacentes, souvent moins chères. La rue de la Skala, le long des remparts est idéale pour le bois, la céramique et l’art.
Comment s’habiller dans la médina ?
Essaouira est l’une des villes les plus décontractées du Maroc. Inutile de se voiler ni de renoncer à son style : on reste simplement respectueux et couvert avec légèreté. Privilégiez des matières fluides et naturelles (lin, coton), des épaules et des genoux couverts, et gardez toujours une petite laine ou un foulard sous la main, le vent de l’après-midi est souvent frais malgré le soleil. Les tenues bohèmes et solaires sont ici parfaitement dans le ton : c’est d’ailleurs sur place que vous compléterez volontiers votre vestiaire. Dernier détail qui change tout : des chaussures plates et confortables, car les ruelles pavées de la médina se parcourent à pied, du matin au soir.
Coomment rapporter ses achats?
Pour un gros tapis ou beaucoup d’objets, prévoyez une valise supplémentaire (env. 300 DH pour une grande, ~200 DH pour une petite, avenue Al Massira Al Khadra).
Vous pouvez aussi expédier vos achats depuis la poste d’Essaouira : le personnel est serviable, et certaines boutiques s’en chargent pour vous.
Bon à savoir :
Comment y accéder ? Vol direct Paris → Essaouira (~3h), ou via Agadir/Marrakech puis route.
Argent : prévoyez du cash (dirhams), indispensable dans les souks et petites échoppes.
Beaucoup de coopératives acceptent la carte, mais pas les petits artisans.
Horaires : la plupart des boutiques ouvrent ~10h-13h puis 15h-19h30 ; le souk vit toute la journée.
Meilleures périodes : le printemps (mars-mai) et l’automne (septembre-octobre), pour un climat doux et moins de foule.
FAQ — Shopping à Essaouira
1 Quel est LE souvenir à rapporter d’Essaouira ?
Le bois de thuya (boîte marquetée, plateau, miroir) est la vraie signature de la ville, suivi de près par l’huile d’argan et l’amlou, ainsi que les bijoux d’argent berbères.
2 Le shopping est-il moins cher à Essaouira qu’à Marrakech ?
Globalement oui, et surtout l’ambiance est bien plus détendue : les vendeurs sont réputés moins insistants qu’à Marrakech. Les coopératives (hors médina notamment) offrent souvent les meilleurs prix.
3 Peut-on acheter de l’alcool à Essaouira ?
Oui. Pour la vente à emporter, vous en trouverez facilement au supermarché Carrefour ou chez le caviste Nicolas (ainsi que dans quelques épiceries spécialisées hors médina, notamment du côté de l’Avenue Hassan II / vers Bab Doukkala). De nombreux restaurants, hôtels et rooftops de la ville disposent également d’une licence.
Attention : Les magasins et rayons d’alcool sont fermés à la vente à emporter le vendredi (jour de prière). En revanche, les restaurants et bars sous licence continuent d’en servir à table.
4 Où acheter de l’huile d’argan de qualité ?
Dans les coopératives féminines (Tamounte, Marjana) ou chez Zidrop Argan Oil hors médina, où les prix sont plus doux.
Évitez Afous Argan, aux avis récents mitigés.
5 Faut-il marchander ?
Dans les souks et bazars, oui, avec le sourire. Dans les concept stores et coopératives, les prix sont fixes.