À Amorgos, tout le monde connaît le monastère de la Chozoviótissa, accroché à sa falaise comme un décor de carte postale. Beaucoup moins nombreux sont ceux qui poussent jusqu’à l’ancienne Arkesini, une cité antique posée sur un promontoire du sud-ouest de l’île. Et c’est bien dommage. Ici, pas de billetterie, pas de foule, pas même un panneau : juste des vieilles pierres, une petite chapelle bleu et blanc, et une vue à couper le souffle sur la mer Égée.
La preuve que le meilleur d’Amorgos se mérite parfois au bout d’un sentier...
Arkesini, l’une des trois cités antiques d’Amorgos
Avant d’être une île de randonneurs et d’amoureux du Grand Bleu, Amorgos fut une terre de cités. Dans l’Antiquité, elle abritait non pas une, mais trois cités-États indépendantes : Minóa (près de l’actuelle Katápola), Aigiáli (au nord) et Arkesini, à la pointe sud-ouest. Une configuration rare qui valut longtemps à la petite Amorgos le statut de tripolis, l’île aux trois villes.
L’ancienne cité occupe un éperon rocheux dominant la mer, à proximité du village actuel de Vroútsi, dans la région agricole de Káto Meriá. Un emplacement qui n’a rien d’un hasard : perchée, ventée, ouverte sur l’horizon, la cité surveillait les routes maritimes et se protégeait des visiteurs indésirables.

Une histoire millénaire, de la fondation à l’abandon
La cité antique d’Arkesini fut fondée au IXe siècle avant J.-C. et habitée jusqu’à l’époque médiévale. Elle aurait été fondée par des colons venus de Naxos. Le site fut ensuite habité de façon continue à travers les époques archaïque, classique, hellénistique puis romaine, soit près de deux mille ans d’occupation.

Une cité prospère : sanctuaires, inscriptions et monnaies
De cette longue histoire, il reste des indices précieux. Les archéologues ont mis au jour à Arkesini un grand nombre d’inscriptions et de monnaies de bronze, ainsi que d’imposants vestiges de bâtiments qui laissent deviner l’organisation urbaine de la cité. On sait, grâce à ces textes gravés, qu’Arkesini possédait une agora, un théâtre, des temples et des sanctuaires, notamment dédiés à Aphrodite et Athéna, ainsi qu’une voie bordée de colonnes.


Problème (et il est de taille pour les amateurs de belles ruines) : ces édifices publics n’ont pas encore été formellement identifiés sur le terrain. Il faudrait pour cela des fouilles d’ampleur, un travail de longue haleine que le site attend toujours. Aujourd’hui, on distingue surtout des portions de fortifications et une monumentale porte double.

Où sont passés les trésors d’Arkesini ?
Les statues et reliefs retrouvés sur place sont désormais visibles ailleurs : les plus belles pièces (dont de touchantes figures d’enfants des IIIe et IIe siècles av. J.-C. et un relief funéraire) sont conservées à la Collection archéologique d’Amorgos, à Chóra, tandis que les plus belles sculptures antiques d’Amorgos ont rejoint, il y a plusieurs décennies, le Musée archéologique national d’Athènes.

Les recherches de la professeure Lila Marangou ont également identifié, sur le versant sud-ouest de l’agglomération, ce qui pourrait être des monuments funéraires de bord de route datant de la fin du IVe siècle av. J.-C. La nécropole de la cité, elle, reste à ce jour introuvable. Et l’histoire est loin d’être close : en 2024, la toute première fouille archéologique systématique du site de Kastri a enfin débuté. Autant dire qu’Arkesini n’a pas fini de livrer ses secrets…

La tour d’Agia Triáda
Même si la tour ne se trouve pas dans la cité antique elle-même, elle reste intimement liée à son histoire : c’est elle qui veillait sur le territoire d’Arkesini. Elle se dresse loin de l’acropole, à plusieurs kilomètres de là : sur une colline basse au sud de Vroútsi, alors que le site archéologique domine la côte au nord du village. Deux directions opposées, donc, et une tour qui se rejoint en voiture. On l’appelle tour d’Agia Triáda (Pyrgos Agías Triádos), du nom de la petite église byzantine bâtie juste à côté. Érigée à la fin du IVe siècle avant notre ère, cette tour de plan rectangulaire, montée en blocs massifs, est considérée comme la tour antique la mieux conservée de toutes les Cyclades.
Loin d’être un simple ouvrage militaire, elle cumulait les fonctions : défense du territoire, résidence (elle était équipée de puits de lumière et même d’un système d’adduction et d’évacuation des eaux, un luxe pour l’époque) et surtout fryktória, c’est-à-dire relais de signaux lumineux permettant de communiquer, de tour en tour, avec le reste de l’île. Les inscriptions suggèrent qu’elle fut probablement financée par un riche habitant d’Arkesini, la cité elle-même n’ayant, à l’époque hellénistique, pas les moyens d’un tel chantier. Un complexe rural (four, laiterie, anciennes fermes) la jouxtait.
Restaurée entre 1993 et 2002, elle a reçu en 2010 le prestigieux Prix du patrimoine culturel de l’Union européenne / Europa Nostra, saluant l’exemplarité de sa restauration et de sa mise en valeur.
Le déclin : les pirates ont eu le dernier mot
Comme souvent en mer Égée, c’est la piraterie qui eut raison d’Arkesini. Restée un point stratégique et défensif jusqu’à la période vénitienne, la cité fut progressivement désertée au Moyen Âge, ses habitants fuyant les raids incessants pour se réfugier à l’intérieur des terres. La ville s’est éteinte doucement, laissant l’acropole aux chèvres, au vent et, bien plus tard, aux randonneurs.
Que reste-t-il à voir sur le site aujourd’hui ?
Soyons honnêtes : on ne vient pas à Arkesini pour un site archéologique balisé et spectaculaire à la manière de Délos. On y vient pour l’atmosphère, la vue et le frisson des vieilles pierres. Sur place, on découvre :
- les vestiges de l’acropole et des fortifications de la cité antique, épousant le relief du promontoire ;
- une petite chapelle bleu et blanc, construite bien plus tard au sommet des ruines, souvent close ;
- et surtout un panorama à 360° sur la mer Égée et les îlots environnants, qui justifie à lui seul la marche.


Eglise Ágios Ioánnis o Pródromos


Notre visite : seuls au monde, face à la mer
On ne va pas se mentir : Arkesini reste confidentielle, très loin de l’affluence de la Chozoviótissa. Le jour de notre venue, nous étions tout simplement seuls au monde. Un privilège, mais qui s’explique aussi par l’accès : il faut compter une quarantaine de minutes de marche en plein soleil (en prenant son temps), sans la moindre zone d’ombre. Autant dire que ce n’est pas une balade pour tout le monde, ni pour n’importe quelle heure.
Notre conseil, appris à nos dépens : prévoyez large en eau. Partis un peu légers en pleine chaleur d’après-midi, nous nous sommes fait une vraie frayeur. Comptez 1,5 litre par personne minimum si vous vous lancez vers 15 h, quand le soleil des Cyclades ne fait aucun cadeau.

La marche, elle, vaut déjà le déplacement. L’aller se fait en descente quasi constante, avec un superbe panorama et la mer en toile de fond. En chemin, on croise la petite église Ágios Ioánnis o Pródromos (Εκκλησία Άγιος Ιωάννης ο Πρόδρομος, saint Jean le Baptiste), avant d’apercevoir enfin, au loin, le site de l’ancienne Arkesini perché sur sa falaise.
Une fois là-haut, ce qui nous a saisis, ce n’est pas tant les ruines elles-mêmes que l’endroit où la cité fut bâtie : un promontoire vertigineux, ouvert sur l’horizon, avec cette vue plongeante vers la mer et ces escaliers qui semblent se jeter dans le vide au bord de la falaise. Il y avait là quelque chose de dramatiquement beau, presque théâtral. On sentait les tragédies grecques monter avec le vent…

Le site paraît abandonné, ou presque : aucun panneau, aucune barrière, entrée évidemment libre. En haut, la petite chapelle repeinte en bleu et blanc, était verrouillée. Rien n’empêche de flâner parmi les ruines et les anciennes maisons de la cité, mais prudence : les falaises sont abruptes et dépourvues du moindre garde-fou. On se prend d’ailleurs à regretter que l’île ne mette pas davantage en valeur un tel lieu historique.
En résumé : une balade à faire pour la vue avant tout, et pour peu que l’on aime les vieilles pierres chargées d’histoire…

Comment visiter l’ancienne Arkesini : l’accès et la randonnée
L’ancienne Arkesini se rejoint à pied depuis le village de Vroútsi, dans le sud-ouest d’Amorgos. Le sentier, bien tracé, descend d’abord en pente douce vers la chapelle avant de devenir plus raide et plus rocailleux en approchant de l’acropole.
- Départ : parking dans le village de Vroútsi ; le sentier est indiqué (balisé) depuis le village.
- Distance : environ 2,9 km aller-retour.
- Dénivelé : environ +186 m.
- Durée : 1 h à 1 h 30 de marche effective, à rallonger si (comme nous) vous flânez dans les ruines.
- Difficulté : modérée, terrain rocheux et sans ombre.

Bon à savoir avant de partir :
emportez au moins 1,5 L d’eau par personne, de la crème solaire, un chapeau et de bonnes chaussures (le sol est caillouteux).
Évitez le créneau 13 h – 16 h en été : privilégiez le début de matinée ou la fin d’après-midi, plus fraîches et bien plus photogéniques.
Enfin, prudence sur place : l’acropole domine des falaises abruptes et non sécurisées.
À prévoir séparément :
la tour d’Agia Triáda ne s’enchaîne pas à pied avec l’acropole. Elle se trouve à plusieurs kilomètres, au sud de Vroútsi, et se rejoint en voiture par la route menant vers Arkesini. Le plus beau vestige antique de l’île mérite vraiment le détour, mais prévoyez-le comme une visite à part.
○ Informations pratiques ○
- Où ? Sud-ouest d’Amorgos, région de Káto Meriá, près du village de Vroútsi, à environ 14 km de Chóra.
- Comment y accéder ? En voiture ou scooter jusqu’à Vroútsi (parking), puis à pied par le sentier (environ 40 à 50 min l’aller). En haute saison, les bus KTEL desservent les villages du sud, mais les liaisons vers Káto Meriá restent rares : vérifiez les horaires sur place et prévoyez large.
- Tarif : entrée libre (site non clôturé, non gardé, sans aménagement).
- À faire : randonnée, exploration des ruines, photo, contemplation du panorama sur la mer Égée, détour par la tour d’Agia Triáda.
- Idéal pour : les amateurs d’histoire et de vieilles pierres, les marcheurs, les amoureux de spots hors des sentiers battus et de slow travel.
- Meilleure période : de mai à octobre, tôt le matin ou en fin d’après-midi. Le printemps et l’automne offrent les températures les plus clémentes.

FAQ Ancienne Arkesini à Amorgos
Où se trouve l’ancienne Arkesini à Amorgos ?
Elle se situe dans le sud-ouest de l’île, sur le site de Kastri, près du village de Vroútsi, dans la région de Káto Meriá, à environ 14 km de Chóra.
Combien de temps de marche pour atteindre le site ?
Comptez environ 40 à 50 minutes à l’aller depuis Vroútsi, soit à peu près 2,9 km aller-retour pour 1 h à 1 h 30 de marche. Le sentier est modéré, rocheux et sans ombre.
La visite est-elle payante ?
Non. Le site est en accès libre, non clôturé et sans billetterie ni aménagement touristique.
Quelle est l’histoire de l’ancienne Arkesini ?
Fondée par des colons de Naxos entre le Xe et le VIIIe siècle av. J.-C., Arkesini fut l’une des trois cités antiques d’Amorgos. Prospère durant l’Antiquité (sanctuaires d’Aphrodite et d’Athéna, inscriptions, monnaies), elle fut peu à peu abandonnée au Moyen Âge à cause des raids de pirates.
Que voir sur place ?
Les vestiges de l’acropole et des fortifications, une porte double monumentale, la petite chapelle bleu et blanc au sommet, et un panorama spectaculaire sur la mer Égée. À proximité, la tour hellénistique d’Agia Triáda, la mieux conservée des Cyclades, mérite le détour.
Quand est-il préférable d’y aller ?
De mai à octobre, en évitant les heures les plus chaudes (13 h – 16 h). Le début de matinée et la fin d’après-midi offrent une lumière plus douce et une marche plus supportable.
Sources : Éphorie des Antiquités des Cyclades (cyclades.culture.gov.gr), amorgos.gr, Komoot, AllTrails, The Outsiders, travaux de L. Marangou (Amorgos I – Minoa, 2002). À supprimer avant publication.