J’avais repéré une photo du monastère de la Chozoviótissa au hasard d’une recherche Google. Un bloc blanc improbable, accroché à une falaise ocre qui plonge dans le bleu de la mer Égée, visible uniquement depuis la mer. Depuis, je rêvais de voir de mes propres yeux ce monastère grandiose et presque surréaliste, bâti à même la roche. Alors forcément, quand je suis arrivée à Amorgos, l’île du Grand Bleu, le monastère de la Panagía Chozoviótissa était tout en haut de ma liste. Et je n’ai pas été déçue. Voici tout ce qu’il faut savoir pour le visiter, son histoire fascinante et mes conseils pour en profiter pleinement...
○ Le monastère de la Chozoviótissa, joyau accroché à la falaise d’Amorgos ○
Perché à environ 300 mètres au-dessus de la mer Égée, le monastère de la Panagía Chozoviótissa (Μονή Παναγίας Χοζοβιώτισσας) est LE symbole d’Amorgos, la plus orientale des îles grecques des Cyclades. Long d’une quarantaine de mètres mais large de seulement quelques mètres par endroits, ce ruban blanchi à la chaux semble littéralement collé à la paroi rocheuse, comme posé là par miracle. De loin, on le repère à peine : une simple tache lumineuse sur la roche brune.

Situé à environ un kilomètre à l’est de la Chóra, le village principal, le monastère se dresse face au large sur la côte est de l’île. Un décor à couper le souffle, qui a d’ailleurs contribué à la légende du lieu.

○ L’histoire de la Chozoviótissa : neuf siècles accrochés à la roche ○
L’histoire du monastère se raconte à travers plusieurs légendes, parfois contradictoires, mais toutes fascinantes.

Son origine remonterait à la première moitié du IXe siècle, avec l’arrivée d’une icône miraculeuse de la Vierge Marie. Selon la tradition la plus célèbre, cette icône aurait été jetée à la mer en Palestine pendant la période de l’iconoclasme, avant de dériver seule, sur une barque sans équipage, jusqu’à la côte d’Amorgos, juste en contrebas de l’emplacement actuel. C’est d’ailleurs de Palestine que vient son nom : les premiers occupants seraient originaires du monastère de Khozová (ou Chozèbá), près de Jéricho.
Le premier noyau, une simple chapelle et quelques cellules creusées dans les anfractuosités de la roche, a ensuite été considérablement agrandi au XIe siècle, sur ordre de l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène. C’est pourquoi le monastère affiche fièrement sa date officielle de fondation : 1088.

La suite est mouvementée. En 1520, des pirates forcent l’abandon des lieux pendant huit ans, et plusieurs reliques disparaissent. Le monastère connaît malgré tout son apogée sous la période ottomane, aux XVIe et XVIIe siècles : il règne alors sur d’immenses domaines dans toutes les Cyclades, en Crète, à Léros, Kalymnos, Samos, Naxos, Paros, Ios, Santorin… En 1829, il fonde même l’École grecque d’Amorgos et finance élèves, enseignants et médecins.
Aujourd’hui, la communauté s’est réduite : deux moines et un bénévole y vivent en permanence, perpétuant une présence spirituelle vieille de plus de mille ans.

○ Une prouesse d’architecture cycladique ○
Ce qui rend la Chozoviótissa unique, c’est sa construction à flanc de falaise, pensée à l’origine pour se protéger des pirates et des attaques. La paroi rocheuse sert directement de mur intérieur, et le bâtiment s’étire sur huit étages superposés dans un style cycladique typique.
Pour y accéder, on gravit un escalier pavé (on lit souvent « 300 marches », parfois jusqu’à 370 selon les sources) qui mène à une petite cour. Un dernier escalier de pierre, autrefois en bois et rétractable pour bloquer les intrus, conduit à la porte d’entrée encadrée d’un glyphe en marbre sculpté du XVIe siècle, surmonté d’une arche.

À l’intérieur, c’est un véritable labyrinthe : escaliers étroits, petites pièces, cellules de moines, cuisines, entrepôts à vin et à céréales… Tout en haut, au 8e étage, se cache le catholicon, la petite église voûtée dédiée à la Présentation de la Vierge, coiffée d’un clocher à trois cloches. C’est là que l’on vénère la fameuse icône de la Panagía Chozoviótissa, dans un cadre de bois sculpté datant de 1866. Chaque année, le 21 novembre, une grande fête est célébrée en l’honneur de la Vierge.


○ Mon expérience : une montée qui appelle à la spiritualité ○
Honnêtement ? La chose à laquelle je ne m’attendais pas, ce n’est pas tant le monastère lui-même (que je savais magnifique), mais son environnement grandiose. Pendant l’ascension, on découvre des paysages qui coupent le souffle, cette roche brute qui plonge dans un bleu infini, et l’on comprend soudain pourquoi les moines ont choisi ce lieu. Ça appelle à la spiritualité, au silence, au pouvoir brut de la nature.

Impossible de ne pas mitrailler de photos et de vidéos à chaque palier : on cherche sans cesse le meilleur angle, celui qui rendra justice à ce décor irréel. (aucune photo ne rend vraiment justice au lieu, mais on essaie quand même…)





○ L’accueil des moines : la belle surprise ○
Un autre moment que je n’oublierai pas : l’accueil des moines. Une fois la visite terminée, on nous a installé dans une petite pièce, avec d’autres visiteurs, pour partager une délicieuse liqueur à la cannelle et à la girofle, le fameux rakomelo préparé au monastère, accompagnée d’un grand verre d’eau bien frais. Un geste simple, chaleureux, totalement inattendu. Si vous voulez en rapporter, on en trouve à la petite boutique en bas.
Là-haut, j’ai aussi discuté avec un Grec qui parlait un français parfait : il avait vécu à Paris, était venu visiter l’île… et n’est jamais reparti. Tombé amoureux de l’endroit, il travaille depuis pour le monastère. C’est déjà la deuxième personne que je rencontre à Amorgos avec cette même histoire de coup de foudre. L’île fait clairement cet effet-là…

Gourmandises offertes avec la délicieuse liqueur à la cannelle et à la girofle (ci-dessous)



○ Et les chats, alors ? ○
Petit bonus pour les amoureux des félins : dans l’après-midi, on croise des dizaines de chatons et de chats aux abords du monastère. Visiblement nourris par les habitants du lieu, ils ne sont pas du tout sauvages. Certains se promènent même tranquillement à l’intérieur et à l’entrée, comme chez eux…





○ Visiter le monastère de la Chozoviótissa : conseils pratiques ○
Quelques recommandations tirées de mon expérience pour que votre visite se passe au mieux :
- Choisissez bien votre horaire : allez-y tôt le matin ou en fin d’après-midi. Le soleil tape fort pendant la montée, et il n’y a quasiment pas d’ombre.
- Prévoyez de l’eau : les 300 marches sous le soleil, ça se mérite. Une bouteille d’eau est indispensable.
- Couvrez-vous : une tenue correcte est exigée pour entrer (épaules et genoux couverts, pour les femmes comme pour les hommes). J’ai vu des visiteuses refusées à l’entrée parce qu’elles étaient en short. Au pire, le monastère prête des étoffes pour se couvrir les épaules, mais mieux vaut anticiper.
- N’ayez pas peur de la montée : elle prend environ 20 minutes. Le panorama à l’arrivée récompense largement l’effort.
- Profitez de la dégustation : à la fin de la visite, ne filez pas trop vite, laissez-vous porter par le rituel du rakomelo offert par les moines.

La plage d’Agia Ana se trouve juste aux pieds du monastère, reconnaissable par la petite chapelle. La plage est très petite, on y va surtout pour se souvenir que des scènes du Grand Bleu ont été tournées. C’est ici que Jacques Maillo, enfant, fait ses débuts en apnée.
○ Un point de départ de randonnée ○
Bon à savoir si vous aimez marcher : le monastère est aussi un point de départ (et d’étape) de randonnée. Juste à côté, un panneau en bois indique les sentiers balisés d’Amorgos, dont le fameux itinéraire n°1 qui relie la Chóra à Aigiali en passant par des lieux-dits comme Kapsala et Asfontilis (Asfontilitis). Comptez environ 1h50 jusqu’à Asfontilis et 3h30 jusqu’à Aigiali depuis les abords du monastère.
Une belle façon de prolonger la visite en s’immergeant dans les paysages minéraux et sauvages de l’île, ceux-là mêmes qui donnent au lieu toute sa dimension spirituelle. Prévoyez de bonnes chaussures, de l’eau en quantité et un chapeau : là encore, l’ombre est rare.

○ Notre avis sur le monastère de la Chozoviótissa ○
Le monastère de la Chozoviótissa n’est pas qu’une simple carte postale d’Amorgos : c’est une expérience à part entière. Entre la montée spectaculaire, l’histoire millénaire accrochée à la roche, l’accueil généreux des moines et ce paysage qui appelle au silence, on ressort de là un peu changé. Si vous ne deviez visiter qu’un seul lieu sur l’île du Grand Bleu, ce serait celui-là. Un incontournable absolu.
Un coup de coeur en photo qui s’est révélé être plus beau que j’imaginais. Et c’est assez rare pour le souligner…

○ Informations pratiques Monastère de la Panagía Chozoviótissa○
Adresse : côte est d’Amorgos, à environ 1 km de la Chóra, Cyclades, Grèce
Fondation : noyau originel au IXe siècle, agrandissement officiel en 1088 (Alexis Ier Comnène)
Accès : depuis le parking, un sentier puis un escalier d’environ 300 marches (20 min de montée)
Tarif : entrée gratuite (les dons sont appréciés pour l’entretien du site)
Horaires : généralement tous les jours, avec coupure en milieu de journée (souvent 8h-13h puis 17h-19h) — à vérifier sur place car ils varient selon la saison
Tenue : épaules et genoux couverts obligatoires (étoffes prêtées à l’entrée si besoin)
À ne pas manquer : l’icône miraculeuse de la Vierge, le catholicon au 8e étage, le panorama sur la mer Égée, la dégustation de rakomelo
Bon à savoir : venir tôt le matin ou en fin d’après-midi pour éviter la chaleur. Ne pas oublier d’apporter de l’eau, chaussures confortables, un vêtement pour se couvrir, et de la place sur la carte mémoire du téléphone
Randonnée : point de départ de sentiers balisés (itinéraire n°1 vers Kapsala, Asfontilis ≈ 1h50, Aigiali ≈ 3h30)
○ FAQ : le monastère de la Chozoviótissa ○
Combien de marches pour monter au monastère de la Chozoviótissa ?
On compte généralement environ 300 marches (certaines sources évoquent jusqu’à 370). La montée dure entre 15 et 20 minutes, sous le soleil et sans grande ombre : prévoyez de l’eau.
Le monastère de la Chozoviótissa est-il payant ?
Non, l’entrée est gratuite. Les dons sont toutefois les bienvenus pour aider à l’entretien de ce site exceptionnel.
Quelle tenue faut-il pour visiter le monastère ?
Une tenue correcte est exigée : épaules et genoux couverts, pour les femmes comme pour les hommes. Les shorts sont refusés. Des étoffes sont prêtées à l’entrée en dépannage.
Quand visiter le monastère de la Chozoviótissa ?
Tôt le matin ou en fin d’après-midi, pour éviter les fortes chaleurs pendant la montée. Le monastère ferme généralement en milieu de journée, pensez à vérifier les horaires.
Que goûte-t-on au monastère ?
À la fin de la visite, les moines offrent traditionnellement un verre de rakomelo (liqueur locale à la cannelle et à la girofle) accompagné d’eau. On peut en acheter à la boutique en bas.