Le train en Inde : une sacrée expérience…

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Vous visualisez la scène où Astérix notre gaulois est confronté à l’administration lors de ses 12 travaux ? Ici c’est Aurée et le train indien. Même combat. Même épopée. Même énervement.

 

♦ Mumbai, Chhatrapati Shivaji Terminus

La gare de Mumbai se révèle être un grand spectacle* mais nous en sommes aussi un pour les indiens.
Surtout pour les hommes qui ne s’en cachent pas, se retournant à notre passage, nous dévisageant avec insistance sans pour autant nous importuner oralement. Ils dégainent leur portable pour nous capturer en photos, d’autres ont la politesse de demander et certains n’hésitent pas à poser avec leur famille et moi.
Les touristes ne sont pas légions ou fondus dans la forte densité de la population indienne. En 6 heures passées à Mumbai, on a croisé 6 touristes.
À la gare.
Mumbai est loin d’être Bangkok…

(*entre l’architecture magnifique, la mendicité saisissante, la foule dense et grouillante…)

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À la gare Chhatrapati Shivaji Terminus, un carré spécial pour les touristes nous tend ses bancs pour nous séparer des locaux.
Si en France, le train propose 2 classes, ici c’est à l’image de la société bien plus hiérarchisée et complexe que la nôtre :  8 classes… (qui dit mieux ?)

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Pour aller jusqu’à Madgaon (Goa Sud), la 1ere classe est à 1800 roupies (25 euros). Pascal, Sophie et moi réservons nos billets en 2e classe climatisée à 1100 roupies (15 euros) par personne et en train couchette. Soit 12h de prévu pour parcourir 586 kilomètres… :/
(J’aime le TGV…)

♦ 1ere étape : facile… ♦

2 jours après avoir réservé nos billets de train, nous retournons à la gare pour partir à Goa.

Trouver la bonne voie est un vrai labyrinthe…
Arrivés à bon port, 1 heure d’attente sur le quai. Une broutille.
Quand le train arrive, les indiens se jettent sur le le train encore en marche et sautent dans les wagons pour avoir une place assise. Sur le coup, la scène m’angoisse et je flippe à l’idée de faire ma tortue Ninja : je me vois mal sauter dans la mêlée et bousculer les gens avec mon sac à dos. Mais nous sommes en 2e classe avec cabine réservée donc inutile de se prendre pour un « All black » pour poser ses fesses. La liste des noms des passagers accrochée à l’entrée de notre wagon nous confirme que c’est bien le nôtre.
Il est 22h. Le train démarre vers 23h00. Encore 1 heure d’attente.
Une broutille.

Dans notre cabine juste fermée par un rideau bleu, les lits couchettes sont correctes et semblent propres. Seule la vue des lanières me rassurent moyen moyen…

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A gauche : Ticket de train /A droite ; les lanières : pour monter sur la couchette du haut ? Poser une bouteille d’eau ? Le mystère reste entier…

 

Durant le trajet, les portes du wagon restent ouvertes. On peut fumer mais aussi balancer quelqu’un.
Tranquille.

La climatisation était réglée sur « froid polaire ». J’étais frigorifiée le lendemain dans un pays qui affiche 45 degrés. J’ai tellement mal dormi que moi la marmotte des Alpes, à 6h30 du mat’ j’étais droite comme un I. Ou plutôt assise sur ma couchette. Et je n’étais pas la seule. En jetant un œil à la carte sur la suite de notre parcours, on décida de changer de trajectoire en cours de route : commencer par le nord de Goa, plutôt que le centre et s’arrêter à la gare de Pernem. Totale impro.

♦ 2e étape : à Hampi, ça se complique… ♦

 

Avant de poursuivre notre voyage dans le sud de Goa, on décide de faire un détour par Hampi (Karnataka), pour découvrir les temples d’un ancien royaume vu comme un joyau architectural.

Arrivés à la gare de Madgaon, on nous informe que le prochain train pour Hospet, la ville près de Hampi est dans 3h à 15h40.
Le trajet dure 10h40  pour 338 km. (TVG… bonjour, je vous kiffe)
Et on attend. 3 longues heures à se faire mater. L’attente est récurrente en Inde. Il ne faut pas oublier « Patience » dans ses bagages lors d’un voyage en Inde. Si vous en manquez, faut faire le plein avant de partir…

1/Trouver notre train est de nouveau une galère.
Rien n’est mentionné sur le ticket. On demande à 5 personnes, 10 réponses différentes. Les contrôleurs ne semblent pas nous comprendre. Fatigués, on choisit celui qui nous semble correspondre aux chiffres indiqués sur le billet. Vingt minutes plus tard, on se fait sortir de la cabine par un passager pas content. Sachant en plus que nous avons une correspondance à la station Hubli. On ne sait ni quelle est l’heure d’arrivée ni où est située la station. Le flou total.
On demande de nouveau à un autre contrôleur où le train doit s’arrêter et si c’est le bon wagon. Quand il voit notre ticket, il rouspète et nous fait signe de la main de dégager au fond.
Les indiens s’irritent à la vue de notre ticket. Impossible d’obtenir des informations. Ça en devient déconcertant au point de se sentir démunis, seuls, au milieu de nulle part. Désœuvrés nous sommes…
On se pose dans un autre wagon au hasard. Une autre famille nous dévisage et nous mate en souriant. J’ai la sensation qu’ils se moquent de nous. Pascal a la désagréable sensation que les indiens n’ont aucune notion d’amabilité et encore moins de service…

2/Dans notre wagon, on ne baisse pas les bras et on continue à se renseigner. Certains nous disent qu’il fallait s’arrêter plus tôt pour le transfert.
D’autres disent que c’est à la prochaine station…
D’autres que c’était avant…
D’autres qu’on a raté notre train…
D’autres qu’on arrive à Hubli dans 3h (à 22h)…
Tout ça dans un anglais approximatif.
La pression monte.
L’emballement aussi.
Lorsqu’un indien nous dit « oui » en secouant la tête de gauche à droite, en plein stress, on comprend « non ». Et s’il balance la tête de haut en bas, on comprend aussi l’inverse, accumulés aux infos contradictoires la tension progresse. On ne sait pas à qui se fier.
Mon voisin qui avait posé son pied sur mon fauteuil, attitude qui m’avait agacée au plus point me dit qu il faut changer maintenant. Le train est de nouveau à l’arrêt. le doute reprend et on descend du train avec Sophie. Sur le quai de la gare, rebelote, on essaye de regrouper les infos similaires pour savoir s’il faut changer de train avant le transfert. On court d’indiens en indiens comme si on était dans Pékin Express avec le chronomètre en tête. Les réponses diverses et variées s’enchaînent de nouveau. La 10e personne semble savoir ce qu’elle dit, sûre d’elle, notre intuition nous le dit :
– Il faut changer de wagon car le train va se détacher, c’est pourquoi la pause est longue. Presque 1h d’arrêt.
« On ne change pas de train c’est le train qui va se détacher ????!!!!!! « .
Merde, je ne m’attendais pas à ça…
Sous haute tension, on reprend nos sacs et on court vers l’arrière du train. On monte par hasard dans un wagon, dans une cabine « couchette ». Au bout d’une heure, de nouveau on se fait jeter par des indiens pas très sympas qui nous demandent de bouger rapidement, c’est leur place. Et au moment où ils voient nos tickets, ils prennent la mouche. Normal.
Face à l’ agressivité que génère la vue de nos billets on commence à saisir…


3/ On est dans la plus basse classe.

Quand Pascal, nous informe qu’il a payé les billets 93 roupies la place au lieu de 1000 roupies à l’aller… on commence à piger. La femme du guichet aurait pu nous éviter cette mauvaise blague, elle nous a filé des billets qui ne nous convenaient pas.
Sans siège réservé, sans clim’. La nervosité du contrôleur s’explique sûrement par le fait qu’il ne supportait pas que des européens achètent des tickets aussi peu chers ou qu’on essaye de gruger.
Un autre visage de l’Inde se dessine : les gens plus aisés sont irrités contre nous et nous traitent comme des moins que rien croyant qu’on a pas d’argent.
On change de wagon et on court sur le quai sous le stress du prochain départ. Et là le train se divise effectivement. Dans ce compartiment, les gens sont entassés dans les lits couchettes et par terre. La seule place qu’on a trouvé : devant l’entrée des toilettes. On va y rester 2h assis et 1h debout pour garder les sacs.
Nous sommes chez les pauvres mais avec des personnes nettement plus accueillantes qu’auparavant…

4/ Dans le bon train

Deux petites filles me font des signes de la main. J’approche et elles me proposent de partager leur repas.
La mère nous propose de nous asseoir à leur place et de nous donner à manger. On refuse par précaution car toutes les famille mangent par terre dans le même plat avec les mains. On se contente de nos cacahuètes achetées sur le quai.
L’aînée des 2 filles revient à la charge et me mitraille de questions. Elle parle anglais et habite à Bangalore.
La première question est surprenante :
« – De quelle caste es-tu ? »
Ce qui montre que malgré les efforts et la suppression officielle des castes, dans l’esprit de la population, d’une elles persistent et que deux, on doit faire bien démunis. Puis vient les traditionnelles : « D’où je viens ? Où va-t-on ? Première fois en Inde ? Comment je m’appelle ? Où sont mes parents ? J’ai quel âge ? etc. » et m’invite à venir chez elle à Bangalore.

Pascal méfiant ne veut pas quitter les sacs et préfère rester près d’eux.
La faim se pointe : 4 oréos le matin, 2 paquets de chips l’aprem’ et 4 mentos près des chiottes. Vive la junk food de survie…
Pendant que les indiens mangent leur victuailles, nous dépérissons à côté d’eux. Ils en sont conscients et un homme nous propose de partager son plat.
Mais encore une fois, par mesure de précaution nous refusons en remerciant.

5/ Hubli
Arrivés à Hubli, c’est encore la galère. Pas de contrôleur ni d’employé de la gare pour se renseigner. On demande de l’aide aux passagers mais dès qu’ils voient nos tickets, le manège continue : ils se désintéressent de nous. Pascal se mue en Capitaine Haddock. Furax, les indiens en prennent plein leur grade surtout la guichetière qui nous a vendu ce ticket maudit.
Il ne nous reste plus qu’à trouver le « wagon des damnés » où aucun contrôleur ne se pointera. Évidemment, il n’y a aucune place. On reste debout dans le couloir. Mais une famille nous fait de la place pour tous les 3. Pas rassuré, Pascal préfère rester debout pour surveiller les affaires.
Les voyageurs nous dévisagent se demandant qu’est-ce que des touristes foutent dans ce compartiment…
Une autre famille se pousse et me propose de s’asseoir à côté d’eux, je finis pas accepter épuisée. Sophie et Pascal sont avachis sur les sacs à dos. Chaque membre de la famille me pose une question : » D’où je viens ? Où je vais ?, etc.  » Ils m’informent que le train arrivent à Hospet à 1 heure du matin. Pascal et Sophie recueillent d’autres informations.
La routine.
Tout va bien.

6/ Trajet Hubli ► Hopset

Ce qui m’a le plus marquée lors de ce dernier trajet, hormis les personnes qui s’allongent dans l’allée, ceux qui grimpent dans le porte-bagage pour dormir, le contrôleur qui poursuit les enfants à coup de bâton qui n’ont sûrement pas payé, c’est l’arrivée des jeunes ado enceintes âgées d’une quinzaine d’années, mamans avec bébés ou des vieilles femmes. Car aucun homme ne se lève pour leur faire de la place. Elles restent debout pendant des heures. Peu d’employés passent proposer du « coffee » et du « chai » toutes les 5 minutes comme à l’aller pour Pernem…

Arrivée à la gare d’Hospet à 2h30 du matin, survient un tableau limite angoissant : une cinquantaine de personnes dorment à même le sol. L’image m’a fait penser à un charnier. J’en peu plus j’ai vraiment hâte d’arriver…

Les rickshaw nous sautent dessus. On arrive sales, épuisés et affamés à 3 h30 du mat’. La guest house proposée par notre chauffeur est full. On est à la rue, au sens propre comme au figuré. On finit par frapper à plusieurs portes en pleine nuit jusqu’à ce qu’une personne nous ouvre et accepte à 4h30 du matin de nous louer une chambre.


♦ Résumé du voyage pour Madgaon ►Hampi♦

12h30 : arrivés à la gare de Madgaon
16 h : départ
16h-20h : 1er trajet dans le mauvais wagon
20h-23h : le train se divise pour aller à Hubli vers 20h. Changement de wagon.
23h-2h30 : Arrivée à Hubli à 23h. Changement de train pour Hospet. Arrivée à Hospet à 2h30
3h00 : arrivée à Hampi.

 

J’ai bien senti ce voyage en train.
Au final, je ne regrette rien. C’était une expérience très enrichissante qui nous a permis de nous rapprocher le temps d’un voyage quasi-chaotique des locaux, de nous imprégner un peu plus de leur culture et de découvrir des facettes de l’Inde que nous n’aurions jamais pu voir en suivant un parcours plus balisé…

 

 

♦ Le trajet en images ♦

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Chhatrapati Shivaji Terminus, Mumbaï

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Train pour Pernem

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A gauche, on affiche la liste des passagers sur le train et leur place / A Droite, les collations servies dans le train.

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Les cabines secondes classes climatisées

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Paysage…

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Attente…

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Attente… (bis)

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Direction Hubli, on vient de changer de wagon
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La petite fille de Bangalore

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On se pose où on peut 🙂

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Les gens dorment bien dans les porte-bagages…

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Horaires de train

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Nos compagnons de voyage assis près des toilettes…

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J’adore :  « indian style ! »